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Théâtre de la Bastille

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Autour du sexe gravitent des interrogations sans fin. Il s'agit pourtant de la chose la plus naturelle du monde...

Représentation exceptionnelle de sexAmor le dimanche 15 novembre à 17h en présence de Jean-François Pauvros et d'Alain Mahé qui interpréteront en direct la musique du spectacle.

Maladroits, à la fois attirés et empêchés par un désir trop grand. La loi d’attraction des corps travaille l’œuvre de Pierre Meunier. D’autant plus troublante quand il s’agit non plus de cailloux ou de ressorts, mais de sexe et d’amour comme dans ce nouveau spectacle. Qu’est-ce qui pousse un corps vers un autre corps ? Quelle obsession lancinante attire vers l’autre qui toujours nous échappe ? Autour du sexe gravitent des interrogations sans fin. Il s’agit pourtant de la chose la plus naturelle du monde. Sauf que ce « naturel » ne va pas de soi. Dans la sexualité se mêlent étrangement le prosaïque et l’infini. S’appuyant sur des dispositifs multiples et complexes mettant en œuvre des mécanismes amusants, Pierre Meunier, avec la complicité de Nadège Prugnard, rend compte dans ce spectacle drôle, attachant et sensible de l’effort toujours renouvelé pour atteindre la plénitude.
H.L.T.

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sexAmor [intégral]

Sexamor : Pierre Meunier

« L’amour est un acte sans importance, puisqu’on peut le faire indéfiniment. » Cette observation provocante d’Alfred Jarry est révélatrice dans son ironie géniale de l’étrange rapport que nous entretenons avec la sexualité. Comme s’il s’agissait de nier l’irrésistible force d’attraction à l’½uvre dans la relation amoureuse autant que sexuelle. On parle tout le temps du sexe, mais il reste un mystère. Et s’il garde ainsi sa valeur de mystère, c’est sans doute parce qu’il renvoie chacun au plus intime de lui-même et ce dans la dimension où cette part intime est sollicitée par ce qui lui échappe justement, en l’occurrence l’autre. Le désir portant toujours sur un autre désir. L’amour est à la fois facile, évident et impossible. Avec SexAmor, Pierre Meunier rend admirablement compte de toutes ces contradictions sans chercher à les résoudre. La loi d’attraction des corps, la pesanteur, la dynamique du ressort, l’écoulement des tas, ce spécialiste de la physique poétique connaît bien. Mais quand on a affaire à cette « grande affaire » qu’est l’amour, les choses se compliquent.
Sur un plateau où s’accumulent un certain nombre de machines célibataires, Pierre Meunier invente une dramaturgie suffisamment libre et ouverte s’employant à questionner cette étrange relation entre deux êtres qui sont aussi des corps. L’espace hérissé de fils, de poulies, de plaques de ferraille suspendues en l’air et autres anneaux mystérieux produit des effets de résonances comme si chaque geste opéré sur le plateau en transformait aussitôt l’atmosphère. C’est un atelier étrange et comme traversé par des fluides, des courants électriques, des vibrations. Il est significatif que Pierre Meunier aborde la question sous l’angle du doute, de l’inquiétude et surtout de la solitude. Il imagine tout d’abord un capitaine en déroute, éperdu dans sa recherche de l’autre et tourmenté au milieu des tempêtes du désir. Le bateau prend l’eau de toutes parts, tangue dangereusement. L’homme emporté dans l’absolu d’un désir trop grand qui rend impossible toute rencontre s’égare dans une solitude désespérée. Il entend bientôt le chant d’une sirène. Et voilà que le climat s’apaise doucement. Commence alors une série d’approches. Ils sont deux désormais à se tourner autour. Deux solitudes qui s’épient. Deux mélancolies. Deux inquiétudes. Attraction et répulsion. Différences irréductibles. Vertige de l’inconnu. C’est Nadège Prugnard qui interprète la femme. Comme un électron libre, elle traverse ce paysage encombré d’obstacles opposant à toute idée préconçue sa présence énergique, vive et insaisissable.
L’amour, c’est ce qui nous enlève à nous-même avant même d’en avoir pris conscience. « Soudain, sans s’en rendre compte immédiatement, on se retrouve confronté à la perte des appuis. Il n’y a plus de points où se soutenir dans l’amour ou dans la sexualité, analyse Pierre Meunier. On se retrouve jeté dans un déséquilibre qui nous perturbe. Il faut du coup se réadapter continuellement si l’on ne veut pas sombrer tout à fait. C’est ce côté bouleversant qui affecte le corps et qui nous surprend nous-mêmes par des mouvements que l’on se découvre en train de faire et que l’on n’aurait pas imaginés. Avec aussi l’émerveillement de ces mouvements non contrôlés ; une sorte d’étonnement heureux. Ce qui n’est pas tant, au fond, s’échapper à soi-même que la surprise de se découvrir différent. Quant aux objets, ils sont là pour leur capacité de suggestion poétique. Ils permettent d’élargir le propos, d’agrandir l’espace, de produire des battements, des pulsations qui provoquent l’imagination du spectateur. D’où la dimension plastique et sonore qui joue un rôle important dans ce spectacle, grâce notamment au travail d’Alain Mahé qui retraite les sons en direct. Chacun est pris à vif et c’est bien normal puisque la question de sexualité et de l’amour nous touche tous. C’est une question dont il est difficile de parler, parce qu’il s’agit d’un domaine où les idées reçues sont omniprésentes. Et qu’au fond, les gens n’ont pas vraiment envie d’évoluer. C’est pour ça qu’on essaie de faire résonner différemment, cette notion de rapport à l’autre en suggérant qu’il existe d’autres temps dans nos vies que celui de la simple consommation et du « travaillez plus pour baiser moins ». Une société libérale à outrance n’est pas tellement intéressée par un épanouissement sexuel dont l’effet serait de démobiliser les énergies laborieuses. »

Hugues Le Tanneur

A écouter +
Réalisation +
Textes et jeu Pierre Meunier et Nadège Prugnard
Collaboration dramaturgique Yoana Urruzola
Compositeur son Alain Mahé
Costumes Christine Thépénier
Peinture Catherine Rankl et Eric Gazille
Lumière et régie générale Jean-Marc Sabat
Régie plateau François Virolle
Régie son Géraldine Foucault
Construction des décors Joël Perrin et Denis Wenger
Stagiaire à la mise en scène François Lanel
Guitare électrique enregistrée Jean-François Pauvros

Coproduction La Belle Meunière, Théâtre de Vidy-Lausanne, Théâtre de la Bastille – Paris, Théâtre de l’Agora – Scène nationale d’Evry et de l’Essonne dans le cadre du projet "développement culturel" de la région Ile-de-France, Théâtre national de Strasbourg, Le Merlan – Scène nationale à Marseille, Le Fanal – Scène nationale de Saint-Nazaire, Théâtre de Brétigny – Scène conventionnée du Val d’Orge, Centre dramatique national de Thionville – Lorraine
Avec le soutien de la DRAC Ile-de-France – Ministère de la Culture et de la Communication et le soutien en résidence de la Fonderie au Mans
Chargée de production Claudine Bocher

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