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Théâtre de la Bastille

SUNBENGSITTING

Pour la deuxième année consécutive, le Théâtre de la Bastille s’associe à l’Atelier de Paris / Centre de développement chorégraphique national pour accueillir quatre chorégraphes qui explorent les rapports qu’entretiennent les corps avec les traditions et les territoires dans lesquels ils s’inscrivent.

Avec l'Atelier de Paris / CDCN.

En dialecte de la Haute-Autriche, sunbeng désigne le banc installé au soleil devant les fermes. Simon Mayer, lui-même né dans la campagne autrichienne, revisite à sa manière les traditions dont il est issu. Utilisant des éléments propres au folklore de sa culture d'origine – vocalises tyroliennes, schuhplattler (danse principalement pratiquée par des hommes), tronc qui devient banc, fouet chasseur de mauvais esprits – il les expose, en joue, et les dénude au sens propre puisque c'est nu qu'il danse ce solo.
À la fois danseur virtuose, musicien transformant son corps comme les accessoires en instruments, chorégraphe malin et émouvant, Simon Mayer fait ainsi brillamment dialoguer des univers souvent considérés comme inconciliables : les évocations de la nature et les codes urbains, la tradition et le contemporain, la contrainte et la liberté.
Laure Dautzenberg

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SunBengSitting


Le danseur, musicien et chorégraphe autrichien Simon Mayer s'inspire avec SunBengSitting des traditions dont il est issu et fait dialoguer la puissance des formes folkloriques et la liberté de la danse contemporaine. Créé en 2014, ce solo a depuis fait le tour du monde.


Simon Mayer a grandi dans une ferme, dans une campagne encore empreinte de la tradition du sunbeng, ce banc installé au soleil devant les maisons où l'on peut venir se reposer. Jeune, il fait un détour par un groupe d'heavy metal avant de prendre le large et de partir pour Vienne où il est admis à l'école de l'Opéra. « Aspirant danseur » dans le corps de ballet, il découvre un autre univers, et c'est à la fois une délivrance et une forme de malaise. Car à son grand étonnement, dans le monde qui s'ouvre à lui, le mot « fermier » peut être parfois utilisé comme une insulte.
Depuis, passé par P.A.R.T.S à Bruxelles – le temple de la formation en danse contemporaine –, Simon Mayer s'emploie à explorer une identité faite de toutes ces strates, la nature et la ville, les formes contraintes et celles dont on s'affranchit, la tradition et la modernité.
Il offre ainsi un solo qui s'approprie les codes des mondes traversés mais en leur redonnant du jeu – comme une pièce qui mal vissée ou légèrement décentrée regagne du mouvement.
Ainsi, dans SunBengSitting, on le verra tour à tour manier le fouet chasseur de mauvais esprits et fabriquer un banc, pratiquer le schuhplattler, cette danse principalement pratiquée par des hommes en Haute-Bavière, consistant à tourner sur soi-même, bras écartés, et dans laquelle les pieds frappent le sol et les mains claquent les cuisses. On y entendra des chants d'oiseaux, des insectes et le craquement du bois, ainsi que des yodlers, ces vocalises caractéristiques du Tyrol.
Mais on le verra aussi prendre une pose de pop star noyée dans la fumée, perché sur un tronc découpé, attraper un micro, transformer son corps et les accessoires qui l'entourent en instrument, car Simon Mayer est aussi musicien et crée la bande sonore en direct.
On le verra surtout seul et nu sur le plateau, affirmant son existence individuelle – les danses traditionnelles se pratiquent en groupe.
Avec une grande inventivité et une grande liberté, Simon Mayer parvient à rendre hommage à la puissance et à la beauté des formes folkloriques, à la part rituelle de la danse, tout en ne s'en montrant pas dupe. Il exploite la polysémie des images de manière jubilatoire : il porte un long bâton de bois et cela évoque tour à tour un porte-drapeau ou un pêcheur à la ligne, joue du violon comme d'une guitare, explore les effets du passage d'une scie manuelle et acoustique à une scie électrique.
Avec SunBengSitting, il réussit ainsi à faire dialoguer son héritage vernaculaire et le monde contemporain, avec brio et finesse, et avec une forme de tranquillité et d'humour qui ne renie pas le passé mais l'inscrit au présent, et lui redonne une vie loin des conventions, en revendiquant la possibilité de tracer son propre chemin.
Laure Dautzenberg

 

Réalisation +

Spectacle de Simon Mayer Conception, performance et musique Simon Mayer Son et live looping Pascal Holper Création lumières Lucas Gruber et Hannes Ruschbaschan Conseil artistique Frans Poelstra Coordination technique et tournée Jan Maria Lukas

Coproduction Kopf Hoch/Simon Mayer, brut Wien (Vienne), Freischwimmer-Festival 2014/2015 et Im_flieger (Vienne) Avec le soutien de Elio Gervasi/RAUM 33 (Vienne), ROSAS (Bruxelles), du Kunstencentrum BUDA (Courtrai) et de Share Your Darlings (Graz) Avec l'aimable soutien de la Province autrichienne de la Haute-Autriche, de la Chancellerie fédérale (Vienne), du Forum culturel autrichien à Bruxelles, du Fonds culturel de la capitale (Berlin) et du Bourgmestre-gouverneur de Berlin – Chancellerie du Sénat – Affaires culturelles (Berlin) Direction de production Sophie Schmeiser Tournée Hiros/Kopf Hoch Remerciements à Kulturverein SPIEL, Trachtenverein Altstädter Bauerngmoa, die Goaßschnalzer Munderfing, Pramtaler Volkstanzgruppe, Fam. Mayer, Christian Schmeiser et Josef Schild.