théâtre

de la bastille

Théâtre de la Bastille

SOPRO

Sur scène ne semble demeurer qu’un théâtre en ruine. À travers les interstices du plancher s’échappe çà et là une douce végétation, étrangement ordonnée. Le parquet s’est disjoint et le temps est sorti de ses gonds.

Spectacle présenté en coréalisation avec le Festival d'Automne à Paris

On distingue à peine un léger souffle, comme un lointain murmure nostalgique qui soulève délicatement les voiles blancs encore suspendus. Silencieuse, Cristina nous accueille, lunettes sur le nez et texte à la main. Discrète maîtresse de cérémonie, gardienne du temple, dernier fantôme se promenant sur le plateau... Cristina est tout cela à la fois, mais elle exerce surtout l’invisible métier de souffleuse.
À son arrivée à la tête du Teatro Nacional D. Maria II, Tiago Rodrigues propose à la souffleuse du théâtre, Cristina Vidal, d’inventer un spectacle autour d’elle. Comme si, pour mieux saisir l’histoire et le fonctionnement de l’institution lisboète, il lui fallait mettre en lumière un métier, une présence qui en porte le rythme quotidien autant que l’épaisseur de la mémoire. Cristina refuse : l’ombre lui convient mieux. Pour la convaincre, le metteur en scène écrit, propose, écoute. Jusqu’à trouver l’endroit juste : Cristina sera sur le plateau, mais ne prendra pas la parole.
Entrent alors sur scène trois comédiennes et deux comédiens. Cristina passe de l’un à l’autre, murmure à leurs oreilles des paroles qui leur donnent vie, les fait vaciller au bord de l’incarnation. Des dialogues émergent, mille histoires se dessinent et s’entremêlent. Celle d’un directeur de théâtre qui tente de persuader une souffleuse de monter sur scène. Celle d’une directrice qui tombe amoureuse d’un comédien incapable de retenir son texte. Ou bien encore l’histoire de cette petite fille qui assiste à son premier spectacle dans le trou du souffleur... Les voix, les sons et les gestes qui ont fait palpiter un théâtre pendant des décennies traversent un à un les interprètes. Cristina se souvient de tout, des grands rôles et des amours secrets. Et au détour d’une anecdote sur le métier de souffleur ou sur la vie du Teatro Nacional surgissent, comme par miracle, Bérénice, Antigone ou Harpagon. De méandres en méandres, le spectacle nous mène jusqu’au tendre vertige, dépliant la mémoire d’une époque sur le point de disparaître.
Mais, sous la plume de Tiago Rodrigues, ce qui pourrait n’être qu’une douloureuse lamentation devient une ode au pouvoir sensible et politique du théâtre et à tout ce qui frémit autour de la scène, à celles et ceux qui la fabriquent. Toujours limpide, son écriture a la force de la simplicité et de la délicatesse, déployant l'intime jusqu'à l’universel. Et quand Cristina chuchote, on croit entendre le théâtre qui, tout entier, respire.
Victor Roussel

Réalisation +


Spectacle de Tiago Rodrigues / Teatro Nacional D. Maria II Spectacle en portugais surtitré en français Texte et mise en scène Tiago Rodrigues Scénographie et lumières Thomas Walgrave Costumes Aldina Jesus Son Pedro Costa Assistanat à la mise en scène Catarina Rôlo Salgueiro Texte traduit du portugais en français par Thomas Resendes


Production Teatro Nacional D. Maria II (Lisbonne) Coproduction ExtraPôle – Provence-Alpes-Côte d’Azur, Festival d’Avignon, Théâtre de la Bastille, La Criée – Théâtre national de Marseille, Le Parvis – Scène nationale Tarbes-Pyrénées, Festival Terres de Paroles Seine-Maritime – Normandie, théâtre Garonne Scène européenne – Toulouse et Teatro Viriato (Viseu) Avec le soutien de l'ONDA – Office national de diffusion artistique Spectacle présenté en coréalisation avec le Festival d'Automne à Paris