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de la bastille

Théâtre de la Bastille

A KIND OF FIERCE

Dans son solo baptisé A Kind of Fierce, la chorégraphe et danseuse grecque Katerina Andreou teste des figures, bifurque, se ravise, saute et se traîne, change de tempo, arpentant l’espace comme dans une course d’obstacles, évaluant son territoire. Car ce qu’elle met en scène ici c'est justement sa capacité et son envie d’inventer sans cesse de nouvelles règles du jeu. S’inspirant de l’observation de mouvements incarnant la liberté et l’audace – danses urbaines, concerts punk-rock des années 80, voguing né dans les clubs gay de New York – et s’imposant comme ligne de conduite la rupture et la déconstruction, elle cherche à trouver ce qui lui échappe. Les mouvements sitôt lancés sont interrompus ; des figures connues s’effacent devant quelque chose d’incongru ; la maladresse – feinte – vient perturber la dextérité – codée. A Kind of Fierce présente ainsi un parfait éloge de l'élan et de l’inattendu.
L.D.

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Article

À propos de A Kind of Fierce



Lorsque Katarina Andreou entre sur le plateau, les images qui viennent sont animales : celle d'un cheval qui se cabre, d'un animal aux aguets, d'un échassier perché aux mouvements anguleux, qui miment la blessure et le ratage tout en gardant une souplesse et une précision parfaites.
Avec les deux traits jaunes qui lui barrent les joues, comme un masque de cérémonie ou de bataille, elle prend possession de son territoire, délimité par des néons blancs, pourvu de deux enceintes et d'un micro suspendu la tête à l'envers au bout d'un long fil. Plus tard, elle transformera le plateau en scène rock, sautant et se défonçant, usant du micro comme d'un punching-ball avant d'inviter dans la danse des baguettes de percussions.
Tour à tour bête fougueuse et dompteuse de chevaux, la chorégraphe et danseuse franco-grecque change de rôle, de rythme, de style, adepte des métamorphoses et rejetant tout carcan, tout enfermement : elle dit volontiers se positionner « dans un effort constant de saboter la figure qui semble apparaître ».
Puisant dans les danses « libres » des années 1900 – courant artistique qui prôna un retour à l'expérience sensorielle du mouvement et des rythmes, incarné par Isadora Duncan -, dans l’attitude punk rock des années 1970-80, les soli des drag queens, la danse krump, née dans les quartiers pauvres de Los Angeles dans les années 2000, caractérisée par sa vitesse et sa rage furieuse, elle expose un corps à la fois traversé par l'histoire et engagé dans l'instant.
« C'est une danse où je cherche à trouver ce qui m'échappe. Une danse qui joue avec le contraste, une danse qui flirte avec sa propre naïveté et qui laisse l'héritage et son futur la traverser parfois », dit-elle.
Avec une énergie considérable et une maîtrise impressionnante, elle déploie ainsi une pièce saccadée, pleine de tension, de ruptures et de contrastes, dans laquelle le corps est toujours en action, oscillant sans cesse entre l'habileté technique et le défaut, la maladresse ou l'excès, le débordement ; entre une ligne décidée, nette et affirmée et des coupures, des interruptions : apprentissage et désapprentissage, héritage et liberté - « Il y a toujours une question qui me trouble et qui tourne autour du seuil constant de négociation entre autonomie et autorité. » dit-elle. À l'instar du titre, qui balance entre deux pôles : l'affirmation de la « fierce » qui peut désigner une qualité de présence particulièrement forte, mais aussi quelque chose de sauvage et d'assez féroce, immédiatement tempérée d'un « kind of », marque de relativisme, de distance mais aussi d'humour et de paradoxe.
A Kind of Fierce, solo parcouru comme une course d'obstacles, est un éloge de l'instant, un plaidoyer pour l'audace comme expression et condition de la liberté.

 

 

 

Réalisation +

Chorégraphie, interprétation et conception son Katerina Andreou Régie son Éric Yvelin Lumières Yannick Fouassier Regard extérieur Myrto Katsiki

 

Production Mi-MAÏ Coproduction Atelier de Paris-Carolyn Carlson – Centre de développement chorégraphique, Athens & Epidaurus Festival et DañsFabrik Festival Le Quartz – Scène nationale de Brest dans le cadre Focus Athènes organisé par Lenio Kaklea et Lou Forster Avec le soutien du CND – Centre national de la danse dans le cadre d'une résidence augmentée, Honolulu – Loïc Touzé/Association ORO en partenariat avec La Métive – lieu international de résidence de création artistique en Creuse, le pad – Angers, l'Espace Pasolini laboratoire artistique – Valenciennes et Le Volapük – Tours Le spectacle fait partie du projet [DNA] Departures and Arrivals, cofinancé par le programme Europe Créative de l'Union européenne. Spectacle présenté en coréalisation avec l'Atelier de Paris-Carolyn Carlson – Centre de développement chorégraphique